L’autophonie est un des aspects délicats qui nécessitent l’attention des audioprothésistes, pour obtenir un ajustement confortable des appareils auditifs. Elle est parfois mal comprise et pourtant elle peut engendrer des conséquences très désagréables chez les patients, allant de l’inconfort aux troubles émotionnels et anxieux. Parler devient épuisant et si l’autophonie persiste, elle peut engendrer replis sur soi et dépression.
Qu’est ce que l’autophonie ?
L’autophonie est un phénomène physique caractérisé par une suramplification anormale de l’audition de sa propre voix et d’autres sons internes du corps. Les personnes atteintes d’autophonie entendent trop leur propre voix, leur respiration, les battements de leur cœur, les bruits de mastication ou de déglutition, les bruits de pas et même les grincements d’articulations beaucoup plus fort que la normale.
Quelles sont les causes d’autophonie ?
L’autophonie peut être causée par plusieurs conditions :
Béance tubaire :
La trompe d’Eustache reste anormalement ouverte, laissant passer les sons de la propre voix dans la caisse du Tympan, alors que normalement elle ne s’ouvre qu’à la déglutition ou lorsqu’on baille par exemple. Ce passage anormal du son de la propre voix en arrière du tympan provoque une suramplification de l’audition de la propre voix.
Selon le DR Saliba, ORL au CHUM de Montréal, en 2018, « la chanteuse Céline Dion a annulé ses spectacles à Las Vegas en raison de graves symptômes de BT. Elle a décrit des difficultés à chanter et à s’entendre correctement, des symptômes qui ont perturbé sa capacité à se produire. Son histoire a aidé de nombreuses autres personnes à reconnaître et à demander de l’aide pour cette maladie. L’histoire de Céline Dion illustre un important facteur de risque de BT : un faible poids corporel. Lorsqu’une personne est mince, il y a moins de graisse protectrice autour de la valve de la trompe d’Eustache. Ce manque de soutien peut entraîner un mauvais fonctionnement de la valve et des symptômes persistants. Son combat souligne à quel point la BT peut perturber même les carrières les plus prestigieuses, avec des symptômes tels qu’une distorsion de l’audition et une plénitude de l’oreille qui rendait toute performance impossible. »
Vous trouverez d’autres informations sur la béance tubaire, très bien expliquée par le Dr Saliba : https://ca.odyo.com/fr/beance-tubaire
https://www.franceinfo.fr/sante/maladie/autophonie-quand-celine-dion-entend-celine-dion_2700602.html
Syndrome de déhiscence du canal supérieur (SDCS)
Ce syndrome est provoqué par un amincissement ou une absence de l’os recouvrant le canal semi circulaire supérieur de l’oreille interne. Cette 3eme fenêtre crèe une fuite d’onde sonore par l’os temporal, induisant une perte auditive et une perturbation du système de l’équilibre. Les patients souffrent de perte auditive dans les basses fréquences, d’autophonie due la fuite des vibrations sonores à travers le crâne, des étourdissements et des vertiges.
Vous trouverez d’autres informations sur la SDCS, très bien expliquée par le Dr Saliba : https://ca.odyo.com/fr/dehiscence-du-canal-superieur
Problématique d’oreille moyenne :
En cas d’obstruction de la Trompe d’Eustache, une pression négative se crèe dans la caisse tu tympan et une sécrétion de liquide par les cellules épithéliales de la caisse du tympan. C’est le cas d’une otite sero-muqueuse. Il se crée alors une caisse de résonnance pour les vibrations sonores de la propre voix, provoquant ainsi de l’autophonie.
Vous trouverez d’autres informations sur la SDCS, très bien expliquée par le Dr Saliba : https://ca.odyo.com/fr/dysfonction-tubaire
Obstruction dans le conduit auditif :
La présence d’un bouchon de cérumen empêche les ondes sonores provenant de notre propre voix de s’échapper comme normalement par le canal auditif. Ils restent donc prisonniers entre le tympan et le bouchon, et sont suramplifiés par rapport à la normale. Tout autre obstruction dans le conduit auditif externe peut provoquer une autophonie du moment qu’il modifie la résonnance naturelle de l’oreille, tout comme les appareils auditifs. Mais ceux-ci viennent corriger une perte auditive, donc techniquement, il faut que leur ajustement compense la perte auditive et l’effet d’occlusion de l’embout, tout en ne sur-amplifiant pas la résonnance de la propre voix et des sons internes de la personne.
Ajustements des appareils auditifs :
La cause de l’autophonie avec le port de prothèses auditives est une suramplification des fréquences de la propre voix du patient et des bruits internes du patient. Le niveau exagéré de sortie des prothèses auditives dépend du manque de ventilation du conduit auditif , de la puissance du haut parleur de la prothèse auditive et des ajustements de la prothèse auditive, compte tenu du test d’audition.
Si les ajustements des appareils auditifs suramplifient anormalement l’audition de la propre voix du patient appareillé, il en résulte un phénomène d’autophonie. Dans le cas d’une perte auditive, le patient non appareillé entend sa propre voix diminuée, puisqu’elle est autant affectée par la perte auditive que l’audition en général. Lors de l’appareillage auditif, il est très important que l’ajustement des prothèses corrigent adéquatement les sons, sans pour autant les suramplifier. Au début, le patient va se réhabituer à mieux entendre, les sons extérieurs comme l’audition de sa propre voix. Ce phénomème d’habituation est tout à fait normal et naturel. Il ne tardera pas à comprendre que tout est relié. S’il entend mieux, il entend mieux la voix des autres comme la sienne.
Mais le problème d’autophonie est autre chose. Ce n’est pas un problème d’habituation, puisqu’il ne passera pas avec le temps. L’autophonie est l’exagération de l’amplification des ondes sonores de la propre voix de patient, enfant comme adulte. C’est un phénomène physique et pas une sensation exagérée par un problème de manque d’habitude. C’est réellement l’audition anormalement exagérée des ondes sonores de la propre voix du patient.
Souvent on lit que l’autophonie ne concerne que les basses fréquences, mais c’est une erreur. Elle concerne n’importe quelles fréquences de la propre voix ou des sons internes du patient, du moment qu’elles sont suramplifiées anormalement.
Si le patient peut avoir des difficultés à s’habituer à entendre sa voix plus forte avec correction auditive, parce qu’il avait l’habitude depuis des années de l’entendre à travers sa perte auditive, donc très éteinte et assourdie. L’audioprothésiste explique au patient la différence entre mieux entendre sa voix et l’entendre de façon exagérée. L’audioprothésiste fait des ajustements progressifs pour que le nouveau porteur d’appareil auditif s’habitue sur quelques semaines à ré-entendre sa voix comme tous les autres sons de la vie quotidienne.
Mais si les prothèses auditives suramplifient réellement sa propre voix, il ne s’habituera jamais à cela. L’autophonie est une des causes d’échec de l’appareillage auditif, parce que l’autophonie ne passe pas. Les ajustements des prothèses auditives doivent respecter une bonne amplification sans suramplification.
Pour de plus amples renseigenements sur les prothèses auditives : https://harmonieaudition.com/appareils-auditifs/
Quelles sont les conséquences de l’autophonie ?
L’autophonie est donc la suramplification anormale de l’audition de notre propre voix et de nos sons internes. En prothèses auditives, cette sensation désagréable est à prendre au sérieux par l’audioprothésiste, parce que ce n’est pas une question d’habitude mais un phénomène physique qui ne s’estompera pas avec le temps. Cette erreur d’ajustement des prothèses auditives peut aboutir à un abandon des appareils auditifs parce que les conséquences dans la qualité de vie sont importantes. Voici les conséquences de l’autophonie :
Comment survient l’autophonie avec les prothèses auditives ?
L’autophonie est donc un challenge pour l’audioprothésiste. Il faut amplifier pour corriger la perte auditive sans sur-corriger pour ne pas exagérer l’audition de la propre voix du patient.
Je rappelle qu’il ne s’agit pas de l’habituation à une meilleure audition de sa propre voix. Cette habituation progressive se résoud en quelques jours ou quelques semaines selon le degré de perte du patient. Un patient avec une perte sévère n’entend presque plus sa propre voix sans appareil, un patient avec une perte profonde ne l’entend plus du tout. Lui faire ré-entendre sa propre voix avec un appareil auditif est très déroutant, comme un peu lui changer l’image de son visage dans un miroir. Cela prendra de la patience avec une amplification progressive sur plusieurs semaines pour lui faire prendre conscience qu’il est normale d’entendre notre voix, quand notre audition s’améliore.
L’autophonie est bel et bien d’une sur-amplification exagérée des ondes sonores par rapport à la normale. Je rappelle aussi qu’elle ne passera pas dans le temps, et que les conséquences sont importantes dans le quotidien. Ce phénomène physique ne peut que se résoudre qu’avec un bon ajustement des prothèses auditives et concerne tous les fréquences du spectre audible, et non pas juste les basse fréquences.
Imaginons que nous appareillons un patient avec un embout complètement ouvert, qui n’occlut en rien l’audition naturelle et laisse complètement les ondes sonores de sa propre voix ressortir naturellement du conduit auditif. On pourrait imaginer que l’amplification des prothèses auditives ne corrrigerait que la perte auditive mesurée sur le test d’audition. Ce serait l’idéal. Et bien c’est le cas pour des pertes légères parce que le risque de larsen est quasi inexistant. On peut amplifier le son sans qu’il soit recapté par le microphone des prothèses auditives et ne pas avoir de feedback.
Mais malheureusement, dès que la perte auditive est plus importante, le risque de feedback croit avec l’amplification. Le son qui sort de l’écouteur de la prothèse auditive au tympan ressort à l’extérieur de l’oreille et est re-capté par le microphone de la prothèse. Cette boucle de son provoque un sifflement très désagréable appelé larsen ou effet feedback, qui peut être augmenté en approchant la main du pavillon de l’oreille. Alors toute perte auditive importante surtout dans les fréquences aigues, devra être adaptée avec un embout dont le degré de ventilation évite l’effet larsen.
Garder un conduit ouvert est impossible sur une perte auditive importante. L’audioprothésiste est obligé de réduire la ventilation du conduit auditif. Dès que l’effet d’occlusion provoquera une suramplification des fréquences vocales, par rapport à ce qui est requis dans l’état naturel, on aura un phénomène d’autophonie. Si l’embout est trop ouvert, impossible de mettre le gain requis pour corriger la perte, sinon on aura un effet feed back.
Sous amplifier est un risque avec des embouts trop ouverts. Les prothèses auditives ont des systèmes numériques anti feedback qui en gros écrasent le gain et introduisent une distorsion du son. Trop compter sur eux est illusoire. Même si l’appareil a juste « envie » de faire un effet larsen, il faut résoudre le problème parce que les systèmes antilarsen des appareils auditifs interviennent même avec un risque de larsen.
Comment ne pas avoir d’autophonie avec les prothèses auditives ?
Pour ne pas avoir d’autophonie avec les prothèses auditives, il faut ajuster le degré d’étanchéité de l’embout pour que le niveau sonore en dB SPL au tympan ne soit pas sur-corrigé en cas de vocalisation du patient, par rapport au niveau d’intensité naturelle. Il faut que le volume entendu de ses sons internes reviennent au volume entendu comme dans le cas d’une audition normale.
Alors vient le jeu du choix de la ventilation à travers le conduit auditif pour trouver cet équilibre très précis entre corriger la perte auditive, compenser l’effet d’occlusion de l’embout, et ne pas surcorriger les sons internes du patient. Le choix de la ventilation est précise à 0,1mm près et doit retenir toute l’attention de l’audioprothésiste. De même que le choix du haut parleur de l’appareil auditif, qui pourrait vite surcorriger si la ventilation est plus petite par manque de place dans le conduit auditif.
On voit ici se profiler les enjeux d’appareiller une personne ayant un conduit très étroit avec une perte auditive type presbyacousie : bonne conservation des basse fréquences et perte importante dans les aigües. La ventilation devient obligatoire pour éviter l’autophonie et cette ventilation crée pourtant un risque l’effet larsen puisqu’on aura une amplification importante dans les fréquences aigües. Si la ventilation est impossible étant donnée l’étroitesse du conduit auditif, comme chez les enfants par exemple, le choix de la puissance des appareils auditifs doit être faite pour ne pas sur-amplifier dans les basses fréquences, au prix sinon de l’autophonie. Cette autophonie conduirait inoxerablement à un échec de l’appareillage auditif et même à un retard de langage étant donné que l’enfant ne voudrait plus parler, avec replis sur soi et isolement.
Conclusion :
Donc l’autophonie due au port des prothèses auditives dépend du choix de la ventilation à travers l’embout auditif, en rapport avec la puissance du haut parleur et le degré de la ventilation. L’étroitesse du conduit auditif est un facteur limitant et on atteint parfois difficilement notre cible de ventilation, ce qui rend le choix de la taille du haut parleur encore plus important. Il est très important de différencier l’autophonie de la simple habitude chez le malentendant à ré-entendre sa propre voix, c’est deux phénomènes différents. L’autophonie est très invalidante et ne passera pas avec le temps. L’habitude d’entendre sa propre voix est naturelle et sera acquise en quelques minutes parfois, selon la motivation du patient, ou plutôt lorsqu’il aura réalisé vraiment son degré de perte auditive.